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Collectifs à l’international _ DAFB

On vous laisse découvrir un nouveau chapitre de la série de conversations avec les collectifs de femmes directrices de la photographie dans le monde.




4% des films brésiliens produits entre 1984 et 2018 ont été photographiés par des femmes[1].



­_Pourriez-vous nous parler de vos parcours professionnels ?


Luciana Bassegio : J'ai fait des études en cinéma au Brésil, j'ai été assistante pendant 10 ans et après avoir fait un Master en Europe, View Finder, je travaille exclusivement comme cheffe opératrice.


Bruna Duarte : J'ai étudié le cinéma au Brésil et la photographie à New York. J'ai commencé en production, aujourd'hui je travaille comme assistante caméra et j'envisage la direction de la photo.


Lílis Soares : J'ai étudié Radio et Télé au Brésil et la direction photo aux 3IS, en France. J'ai travaillé comme reporter sportive, assistante caméra, électro. Après avoir travaillé dans une production au Congo, de retour au Brésil, j'ai fait l'image de courts, longs, séries.


Thaynara Rezende : Je suis photographe depuis 10 ans. Je finis mes études en cinéma au Brésil cette année, je travaille comme assistante caméra et comme cheffe opératrice. Même si c'est toujours difficile de l'assumer, notre titre n'est pas légitimé si on n'est pas passé par tous les échelons.


Luisa Dale : J’ai fait une formation en Histoire. J'ai commencé par la photographie, ai travaillé comme assistante maquilleuse et ai fait des making of de pubs. J'ai fait un master en image à Barcelone. À propos de la légitimité : en rentrant au Brésil, au collectif Movielas on m'a dit : « si tu dis que tu es une autre chose, tu le seras pendant longtemps". Je me suis dite directrice de la photo. J'ai fait des pubs et commence bientôt un long.


_ Quand et pourquoi avez-vous crée le DAFB ?


Le collectif a été crée en 2016, suite à la publication d'une liste de chefs ops en avenir faite par O2 (grosse boîte de production). Cette liste était composée quasi uniquement d'hommes blancs issus de la FAAP (école de cinéma privée). Nous étions plusieurs à réagir sur le post Facebook "pourquoi, il n'y a aucune femme ?". C'est triste, c'est une femme d'O2 qui a répondu qu'ils avaient cherché, mais qu'ils n'avaient trouvé personne. Comment ça ils n'en avaient pas trouvé ? Ils n'en avaient pas cherché. La preuve concrète de notre invisibilité nous a indignées. On s'est rapprochées du groupe "Mulheres no audiovisual" (Femmes de l'Audiovisuel) et on a fait une liste de cheffes opératrices. En principe c'était une liste pour montrer qu'on existait. Petit-à-petit le DAFB a grandi et est devenu un collectif, un mouvement. C'était aussi un moment où les femmes et les noirs se sont révoltés contre ce qui se passait.


_ Quelle est la place des femmes dans l'industrie audio-visuelle chez vous ?


On est en train de créer notre espace. Cette place ne sera pas faite ni offerte par les hommes. Quelques femmes ont réussi à s'insérer dans ce "modus operandi" masculin et elles vont bien. Mais c'est très rare.



_ De combien de membres est constitué votre collectif ?


273 personnes dans 46 villes brésiliennes et 6 villes étrangères.


_ Quelle a été la réaction du milieu professionnel ?


Au début on écoutait beaucoup "pourquoi un collectif que de femmes ?", même de la part des femmes. Je vois beaucoup de femmes qui ne veulent pas être étiquetées comme "femme cheffe opératrice". J'ai du mal à le comprendre. Pour réussir à être une femme directrice de la photo, soit tu rentres dans ce monde macho et patriarcal, soit tu occupes une place politique. Je n'arrive pas à me dissocier de ce lieu. Le DAFB a fait de nombreuses actions incroyables, l'immersion au SESC (grand réseau de centres culturels), à la Cinémathèque, des ateliers, des séminaires. Il y a eu des tables rondes des directrices de la photo à l'ABC (équivalent de l'AFC en France). Ça a été important, c'était le premier contact de certains hommes avec le collectif. Sur 4 ans, on a fait beaucoup plus pour l'insertion des femmes et de la population noire sur les plateaux, que l'ABC en 20 ans. Petit-à-petit le DAFB a pris une forme beaucoup plus politique, plus qu'un manifeste.


_ Quelle est la politique de genre du collectif ?


Le collectif est essentiellement constitué de personnes qui ne se définissent pas comme homme cis. D'abord on était des cheffes ops, mais très vite on a vu qu'il fallait que le collectif se compose aussi d'assistantes etc… On a commencé avec le nom "Directrices de la Photographie du Brésil. Aujourd'hui des femmes et des hommes trans participent également. On a reformulé beaucoup de choses, maintenant le DAFB porte le nom de "Collectif de femmes et personnes transgenres du département image du cinéma brésilien".


_ Avez vous remarqué un changement suite à la création de votre collectif ?


Énormément. On se retrouve en communauté, on s'entraide. Le DAFB nous donne de la force et une base d'appuie. On sent l'empowerment en sachant qu'on est soutenues, endossées, qu'on a ce réseau de femmes qui passent par la même chose. On ne se sent plus seule. Pendant mes études je ne voyais que Kátia Coelho e Helô Passos comme cheffes opératrices et je me disais que je n'arriverais jamais à être cheffe op. Un professeur m'a dit que c'était un métier d'homme. Un chef électro m'a demandé si je ne voulais pas avoir d'enfants, j'ai répondu que oui et il m'a demandé ce que je faisais sur un plateau de tournage alors.


_ Quels ont été les défis qu'a rencontré votre collectif ?


Au début ça a été difficile de le lever, de faire le gros du travail, même parce qu'au début on était peu de femmes. Le DAFB est fait maison. On a commencé un peu déstructurées, on n'avait pas beaucoup d'exemples, comme il y en a aujourd'hui. On a trouvé la structure, nos envies et notre but sur le chemin. Les défis ont été surtout liés à l’organisation.


_ De quelle manière l'industrie cinématographique brésilienne reproduit les schémas de la société patriarcale ?