Bonjour,

Pour ce premier jet, je m'autorise à écrire dans le désordre ce qui me vient à l'esprit.

 

Depuis notre réunion, quelques souvenirs sont remontés du temps où j'étais assistante: la fois où un perchman m'a expliqué qu'il serait mieux que je porte des strings, comme ça, quand je me baisserais ce serait agréable à regarder ; le nombre de fois où on m'a reproché la parka chaude et imperméable que je m'étais achetée pour mon premier tournage (j'avais demandé une avance à la production pour pouvoir me la payer), les hommes du tournage trouvaient qu'elle n'était pas assez cintrée, et ne montrait pas assez mes formes; l'obligation de faire la bise à tout le monde le matin en arrivant sur le plateau; les histoires salaces que l'on me racontait à l'oreille pendant les installations,

pas des histoires excitantes ni drôles; je me souviens d'une en particulier qui mettait en scène la coiffeuse du tournage (que j'aimais beaucoup) et qui la décrivait dans des positions sexuelles soumises, réputées dégradantes ; une

fête de fin de tournage où un autre perchman avait essayé de m'embrasser de force, et où le 1er assistant-opérateur (j'étais seconde et première 2e caméra) avait quitté la fête en m'enlaçant, en signe de propriété. Pour être honnête, ce dernier geste m'avait rassurée, mais beaucoup troublée aussi.

Et puis, j'ai arrêté d'être assistante. J'aimais mieux être chef.

L'année dernière, j'ai d'ailleurs pu refuser qu'un des techniciens cités plus haut fasse une journée comme ingénieur du son sur mon propre film. Coup de fil de la direction de production, plaisir certain à pouvoir expliquer pourquoi je ne veux pas de lui sur mon tournage.

 

Cette réunion et ces questionnements arrivent à un moment de ma vie particulièrement difficile à tous points de vue, familial et professionnel. Un moment de remise en question où il m'est difficile de faire la part des choses entre ce qui advient parce que je suis femme, ce qui vient de l'héritage du rang social, ce qui vient des accidents de la vie, de mes choix passés, ou du hasard des rencontres.

 

La semaine dernière, j'ai été surprise de me retrouver très émue en me remémorant une analyse que j'avais écrite à l'université, au sujet du film de Jane Campion, «La leçon de piano». J'avais décortiqué comment séquence après séquence, plan par plan, Jane Campion inversait les rôles traditionnels: la femme était voyeuse et désirante, l'homme (magnifique Harvey Keitel) devenait objet de désir. Jeune femme cinéphile, c'était la première fois de ma vie que je voyais ça!

Cette émotion, je l'ai reliée à l'idée dont je vous ai fait part lors de la réunion: je pense qu'il est important que nous, femmes chef(fe)s du regard et de l'image, soyons visibles pour que chacun et surtout chacune puissent savoir que c'est possible, que ça peut même

Nota Bene: mon correcteur d'orthographe ne connait pas le mot «cheffe» , et j'assume d'inventer le mot «désirante»!